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Bitcoin a 10 ans : pourquoi croire en son avenir

Ce 31 octobre 2018, le white paper de Bitcoin fête ses 10 ans de publication. A cette occasion, nous avons souhaité mettre en avant l’un des articles phares paru sur le sujet ces derniers mois. Intitulé « The Bullish Case for Bitcoin », il est signé Vijay Boyapati et a été publié au début de l’année sur Medium.

Cet article est intéressant aussi bien pour les néophytes (prêts à prendre le temps nécessaire pour s’y plonger), les sceptiques (ouverts d’esprit), que pour les suiveurs plus avertis. Il n’a pour but ni d’expliquer le fonctionnement de Bitcoin ni de répondre aux critiques qui lui sont portées (pour cela, voir par exemple l’intervention d’Alexandre Stachtchenko en décembre dernier ; lire le chapitre 5 de l’étude de Clément Jeanneau sur le web décentralisé ; ou, sur le sujet spécifique du fameux coût environnemental de Bitcoin, écouter les arguments de Jacques Favier).

Le but de l’article est de montrer en quoi l’avenir de Bitcoin est particulièrement prometteur. Nous présentons ici une sélection de certaines de ses réflexions, si vous ne pouvez vous accorder les 40 minutes nécessaires pour lire la totalité de l’article.

NB : Les opinions et formulations présentées ci-dessous sont celles de Vijay Boyapati. Par ailleurs cet article n’est en aucun cas un conseil en investissement. Le bitcoin reste un actif risqué.


Bitcoin : une bonne réserve de valeur ? Comparaison avec l’or et le fiat

Une réserve de valeur idéale devrait être :

-Durable : ne doit pas être périssable ou facilement destructible.

La durabilité de l’or n’est plus à démontrer. Dans le cas des monnaies fiat (les monnaies traditionnelles) et des bitcoins, l’important n’est pas de considérer la durabilité de leur représentation physique (un billet déchiré peut être échangé par un billet neuf) mais la durabilité des institutions qui les émettent. Celle des monnaies fiat s’avèrent limitée : de multiples institutions ont émergé et disparu au cours des siècles, et leurs monnaies avec eux. Les bitcoins, eux, peuvent être considérés comme durables tant que le réseau qui les sécurise (Bitcoin) restera en place. Bitcoin en étant encore à ses débuts, il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions sur sa potentielle durabilité. Le réseau a néanmoins fait preuve en dix ans, face aux tentatives de plusieurs Etats de le restreindre et aux multiples attaques de hackers, d’un degré remarquable d’anti-fragilité (notion développée par Nassim Taleb dans son ouvrage éponyme).

-Portable : doit être facile à transporter et stocker, doit pouvoir être protégé contre la perte ou le vol, et doit faciliter le commerce longue distance.

Les bitcoins constituent la réserve de valeur la plus portable qui soit. Des clefs privées représentant des centaines de millions de dollars peuvent être stockées sur une petite clef physique transportable partout facilement. Des bitcoins peuvent être échangés quasi instantanément entre des individus et entités à l’autre bout de la planète. Les monnaies fiat sont elles aussi très portables mais les transferts de valeur importants prennent généralement plusieurs jours – lorsqu’ils sont possibles. L’or, de son côté, n’est pas transportable physiquement de façon facile, économique et sans risque.

-Fongible : une unité doit être interchangeable avec une autre de même qualité et quantité.

L’or est un standard de fongibilité : une once d’or, une fois fondue, est indistinguable d’une autre once. Les monnaies fiat, de leur côté, sont fongibles…tant que les institutions qui les émettent le veuillent bien. Fin 2016, le gouvernement indien a par exemple décidé de démonétiser ses billets de 500 et 1000 roupies : ces billets ne furent plus qu’échangeables à un taux réduit, ce qui leur a fait perdre de facto leur fongibilité. Les bitcoins, eux, sont fongibles au niveau du réseau : chaque bitcoin est traité de la même façon sur le réseau Bitcoin. Aujourd’hui cependant, les bitcoins étant traçables sur la blockchain, un bitcoin donné peut être « entaché » par un usage illégal et les commerçants ou plateformes pourraient dès lors devoir le refuser. Les bitcoins ne peuvent donc pas être considérées aujourd’hui comme aussi fongibles que l’or, tant que des améliorations au niveau de la confidentialité et de l’anonymat n’auront pas été apportées au protocole.

-Vérifiable : doit pouvoir être rapidement identifié et authentifié.

Les bitcoins peuvent être vérifiés avec une certitude mathématique : en utilisant des signatures cryptographiques, le détenteur d’un bitcoin peut prouver publiquement qu’il détient le bitcoin qu’il dit posséder. Les monnaies fiat et l’or sont, eux, vérifiables dans la plupart des cas…mais pas la totalité. De faux billets peuvent être créés et circuler, et de l’or contrefait a déjà été produit par des escrocs aux méthodes sophistiquées (utilisation de tungstène pour imiter l’or).

-Divisible : doit être facile à subdiviser.

C’est bien le cas pour les bitcoins (divisibles et transmissibles jusqu’au cent millionième, même si les frais de transaction rendent de tels échanges non-économiques). Les monnaies fiat sont divisibles jusqu’en espèces de petits montants, ayant un faible pouvoir d’achat le plus souvent, mais ce qui suffit en pratique. L’or, bien que physiquement divisible, devient difficile à utiliser si on le divise en petites quantités pour des échanges quotidiens de faible valeur.

-Rare : ne doit être ni disponible en quantité abondante, ni facile à obtenir ou à produire en grande quantité.

La rareté prédéterminée est ce qui distingue le plus clairement Bitcoin des monnaies fiat et de l’or. Par nature, 21 millions de bitcoins au maximum peuvent être créés. Cela donne à chaque détenteur de bitcoins un pourcentage connue de l’offre possible totale. A l’inverse, l’or, bien qu’ayant prouvé sa rareté au cours de l’Histoire, n’est pas immunisé contre une augmentation de son offre (via de nouvelles méthodes de minage ou d’acquisition d’or par différentes méthodes : minage sous-marin, astéroïdes…). Et c’est encore bien plus le cas pour les monnaies fiat : les Etats-Nations ont fait preuve d’une propension continue à gonfler leur masse monétaire pour résoudre des problèmes politiques de court terme. Ces tendances inflationnistes ont une conséquence prévisible pour les détenteurs de ces monnaies : la baisse de valeur de leurs économies au cours du temps.

-Historiquement établie : une réserve de valeur reconnue depuis longtemps sera difficile à remplacer par une nouvelle venue, sauf si cette nouvelle venue est dotée d’un avantage significatif parmi les caractéristiques citées ici.

Aucun bien monétaire n’a un historique aussi long que l’or. Les pièces d’or conçues à l’Antiquité continuent d’avoir de la valeur aujourd’hui. Ce n’est pas le cas des monnaies fiat, qui ont eu une tendance quasi universelle depuis leur création : tendre vers la dépréciation. Peu d’Etats dans l’Histoire ont su résister à la tentation de l’inflation, qui constitue un moyen insidieux de taxer les citoyens. Le 20e siècle a montré qu’on peut difficilement avoir confiance dans le maintien de la valeur des monnaies fiat à moyen et long terme. Bitcoin, malgré sa courte existence, a fait preuve d’une solidité telle jusqu’à présent qu’il est très probable qu’il ne disparaîtra pas de sitôt comme actif de valeur. Le Lindy effect suggère que plus Bitcoin continuera d’exister, plus la confiance de la société sur sa capacité à perdurer dans le temps se renforcera.

-Résistante à la censure : une caractéristique qui gagne en importance dans notre société numérique moderne liée à une surveillance omniprésente. Il s’agit de la difficulté pour un acteur extérieur (entreprise, Etat…) d’empêcher le propriétaire du bien de le garder ou de l’utiliser.

Bitcoin, en tant que réseau pair-à-pair décentralisé, est conçu par nature pour être résistant à la censure. Aucune autorisation n’est nécessaire pour utiliser le réseau. Quand des bitcoins sont échangés au niveau du réseau, aucune intervention humaine n’est nécessaire pour décider du caractère légitime d’une transaction et pour en permettre ou empêcher la réalisation. Ce n’est pas le cas pour les monnaies fiat. L’échange de monnaie peut être par exemple limité par le contrôle des capitaux ; un transfert de richesse d’un pays à un autre peut ainsi être rendu difficile lorsqu’arrive au pouvoir un régime répressif. De son côté, l’or étant par nature physique, il est plus susceptible que Bitcoin d’être la cible d’une régulation étatique contraignante (exemple : le Gold Control Act indien, en 1968).

In fine, nous obtenons le tableau suivant, qui montre que Bitcoin présente des atouts de poids pour être une bonne réserve de valeur :

Source : https://medium.com/@vijayboyapati/the-bullish-case-for-bitcoin-6ecc8bdecc1


Bitcoin : moyen d’échange et unité de compte ?

Bitcoin se fait souvent critiquer comme étant un moyen d’échange inadapté, notamment à cause de son prix considéré comme trop volatil. C’est cependant mettre la charrue avant les bœufs. La monnaie a toujours évolué par étapes. Jevons, l’un des pères fondateurs du courant de l’économie marginaliste, expliquait ainsi : « Historiquement parlant, l’or semble avoir servi initialement comme un bien précieux purement décoratif ; ensuite, pour stocker de la richesse ; troisièmement, comme un médium d’échange ; et finalement, comme une mesure de valeur. »

En utilisant la terminologie moderne, la monnaie évolue toujours en suivant quatre étapes :

1. Objet de collection. Au tout début de son évolution, une monnaie est demandée uniquement pour ses caractéristiques (très) particulières, liées souvent à la fantaisie de ses détenteurs. Les perles, divers coquillages puis l’or furent, tous, d’abord des objets de collection.

2. Réserve de valeur. Une fois demandée par suffisamment de gens pour ses caractéristiques spécifiques, la monnaie devient reconnue comme un moyen de conserver et stocker de la valeur au cours du temps. Plus le bien devient reconnu comme une bonne réserve de valeur, plus son pouvoir d’achat augmente.

3. Moyen d’échange. Une fois la monnaie entièrement établie comme réserve de valeur, son pouvoir d’achat se stabilise. Dès lors, le coût d’opportunité d’utiliser cette monnaie pour des échanges commence à diminuer, jusqu’à atteindre un niveau où la monnaie devient adaptée comme moyen d’échange.

Au début de Bitcoin, la plupart des gens ne réalisaient pas le gigantesque coût d’opportunité d’utiliser des bitcoins comme moyen d’échange plutôt que comme réserve de valeur : pensons à l’histoire de l’homme ayant échangé 10 000 bitcoins pour deux pizzas.

4. Unité de compte. Une fois la monnaie largement utilisée comme moyen d’échange, le prix des biens finissent par être libellés dans cette monnaie.

C’est une erreur commune de croire que la plupart des biens sont aujourd’hui libellés (aussi) en bitcoin. En réalité, quand un café est achetable en bitcoins, le prix proposé n’est pas un vrai prix en bitcoin ; il s’agit plutôt d’un prix en euro désiré par le commerçant et traduit en bitcoins au taux d’échange euro/btc du marché. Si le prix du bitcoin était amené à chuter vis-à-vis de l’euro, le nombre de bitcoins demandés par le commerçant augmenterait fortement. On ne pourra réellement considérer Bitcoin comme unité de compte qu’à une condition : lorsque les commerçants seront prêts à accepter les bitcoins comme moyen de paiement sans regarder leur taux d’échange contre les monnaies fiat.


Bitcoin est une monnaie embryonnaire qui passe actuellement de l’étape d’objet de collection (étape 1) à l’étape de réserve de valeur (étape 2). Il se passera probablement plusieurs années pour que Bitcoin évolue du statut de réserve de valeur naissante à celui de véritable moyen d’échange – en attendant la suite…


Lire l’article dans sa totalité (et ses nombreuses autres réflexions)


NB : Une traduction en français a été proposée par Grégory Guittard.


Pour aller plus loin :

➧ Le nouveau livre de Jacques Favier, Benoît Huguet et Adli Takkal Bataille : « Bitcoin – Métamorphoses – De l’or des fous à l’or numérique ? » (octobre 2018)
➧ Le précédent livre de Jacques Favier et Adli Takkal Bataille : « Bitcoin, la monnaie acéphale »
➧ Le rapport de Yorick de Mombynes et Gonzague Grandval : « Bitcoin : Totem et Tabou »
➧ Le podcast « 21 millions » de Grégory Raymond, journaliste crypto pour le magazine Capital
➧ Une réponse critique d’un économiste à l’analyse de Vijay Boyapati – suivie d’une réponse à cette réponse. Le débat reste bien sûr ouvert !