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Table ronde cryptomonnaies aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence

Alexandre Stachtchenko était l’invité en début de mois des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence à l’occasion d’une table ronde aux côtés notamment de l’économiste américain Nouriel Roubini, critique notoire des blockchains et cryptomonnaies.

–> Regarder la table ronde dans son ensemble en vidéo

Retrouvez ci-dessous le verbatim de l’intervention d’Alexandre Stachtchenko :

« Avec les blockchains et les cryptomonnaies, il devient possible pour la première fois de stocker et d’échanger de la valeur sur Internet sans tiers de confiance. C’est quelque chose de gigantesque. Le rôle des blockchains est de se passer de ces tiers de confiance.

Internet est née sans monnaie numérique de référence. Les monnaies qu’on utilise dans l’espace numérique sont des monnaies traditionnelles mais pas des monnaies de référence propre à l’espace numérique en tant que tel.

Ce qu’on a avec Bitcoin c’est un actif rare, numérique, fongible, divisible, transférable et global. On retourne aux sources d’Internet. Ses caractéristiques lui permettent d’être comparées à de l’or numérique, comparaison que je soutiens puisque comme l’or c’est un actif qui devient précieux, indépendant d’un Etat, d’une entreprise.

Le plus important est que tout cela peut devenir permissionless, sans permission. Tout comme Internet a permis de créer et d’échanger du contenu sans permission, Bitcoin fait de même pour la valeur : il devient possible d’acquérir, de conserver, de transférer de la valeur sur Internet sans en demander la permission.

Pour moi le bitcoin constitue la première véritable monnaie numérique de référence, ou devrait l’être, parce qu’elle est numérique justement, mondiale, ouverte à tous, et indépendante de toute entreprise ou Etat.

Attention à un biais : l’idée que Bitcoin ne vous sert à rien peut conduire à penser que Bitcoin ne sert à rien dans l’absolu, ou ne sert à personne et ne servira jamais à rien. Or si Internet n’avait aucune utilité pour les utilisateurs du minitel en 1995, ou pour ceux qui passaient par des médias traditionnels et pour qui c’était l’alpha et l’omega de l’information, on constate a posteriori que leur avis n’était pas partagé par tous et qu’il aurait peut-être mieux valu conclure en France qu’Internet ne servait pas à rien, à l’inverse de la conclusion à laquelle étaient arrivées les élites françaises des années 1990.

Bitcoin constitue le prolongement d’Internet. Internet a besoin d’une monnaie mondiale, ouverte à tous, non-contrôlée par un géant privé ou un Etat. Cette monnaie existe déjà, il s’agit de Bitcoin. On peut choisir d’être aveugle ou ignorant mais pendant ce temps là les alternatives se construisent. En l’occurrence les alternatives s’appellent monnaies privées, et Facebook en a donné le top départ il y a quelques semaines en annonçant Libra.

Dès lors dans le monde du futur, veut-on une monnaie étalon numérique qui soit commune, une sorte de Wikipédia contributif – rappelons qu’au départ on pensait que Wikipédia ne marcherait jamais, « une encyclopédie construite par la foule, mon Dieu ça ne va jamais marcher », or aujourd’hui c’est la référence – ou des monnaies numériques privées ?»