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Du blockchain-washing au blockchain-bashing

Nous lançons aujourd’hui le premier épisode d’une série d’analyses : « Blockchain & crypto : où en est-on ? », destinée à faire un point d’étape sur le sujet.

-Volet n°1, ci-dessous : focus sur le blockchain-bashing, qui s’est renforcé ces derniers mois.
-Volet n°2 : Blockchain pour entreprises : quel état des lieux ?
-Volet n°3 : Crypto : où en est-on aujourd’hui ?

Est-ce dû à la chute des cours des cryptomonnaies ? Ou bien est-ce une simple question de timing, deux ans après l’explosion du buzzword blockchain ? Toujours est-il que le temps des premiers bilans semble s’être ouvert ces dernières semaines pour juger des impacts à date de cette fameuse « révolution blockchain ».

« Blockchain : après la bulle, l’heure de vérité » annonce Les Echos. « La blockchain a déçu » titre d’ores et déjà L’Usine Nouvelle. Elle serait même une fumisterie si l’on en croit le site futurism.com qui écrit que « sur 43 startups blockchains, aucune n’a délivré de produits »…en se basant sur une étude dont la conclusion n’était pourtant pas celle-ci (bon debunkage ici). Peu importe, « c’est une escroquerie » tranche l’économiste Nouriel Roubini selon lequel c’est « la technologie la plus surfaite – et la moins utile – de toute l’histoire humaine » – rien que ça !

Face à ces jugements bien tranchés, rembobinons un instant.

NB : la question de la consommation énergétique des blockchains et cryptomonnaies est volontairement mise de côté dans ce premier volet. Depuis cette année, elle a pris une telle place dans le débat qu’elle mérite un volet à elle seule.

Ce qui pose problème avec « la blockchain »

Evacuons d’emblée la question du terme. Les guillemets sont ici de rigueur tant l’expression « la blockchain » elle-même fait polémique et est rejetée par de nombreux acteurs du secteur. Ceux-ci mettent en avant deux arguments :
– d’une part, parler de « la » blockchain n’aurait pas de sens puisqu’il existe de multiples protocoles différents. Dès lors, la rigueur impliquerait de parler « des technologies blockchains » ;
– d’autre part, la focalisation sur la blockchain relèverait d’une mauvaise compréhension – voire d’une mystification de certains acteurs (comme Blockchain Partner !) – qui mettrait de côté l’innovation profonde que constituent les cryptomonnaies, leurs protocoles de consensus, et en premier lieu Bitcoin. Une blockchain en tant que telle aurait le plus souvent peu d’intérêt.

Ces deux arguments reposent sur des fondements corrects : il faudrait effectivement parler « des technologies blockchain » et souligner (comme nous ne manquons pas de le faire lors de nos interventions) que l’innovation de rupture repose sur leurs versions publiques et ce qui va avec, à commencer par les cryptomonnaies et les mécanismes d’incitations économiques qui contribuent à la sécurité de ces réseaux pair-à-pair.

« Les blockchains publiques sont le saint graal de la blockchain » reconnaît sans fard le directeur du programme blockchain de Carrefour, pourtant peu suspect de partialité pro-crypto. En ce sens, parler de Bitcoin comme « l’âge sombre de la blockchain », comme on pouvait le lire dans une présentation de McKinsey l’année dernière, est un contre-sens total. Les blockchains dans leur version privée, lorsqu’elles s’avèrent pertinentes, relèvent d’innovation incrémentale (…ce qui n’est pas un gros mot pour autant).

Tout cela dit, si l’on peut débattre à l’infini de la probabilité qu’un autre terme que « la blockchain » émerge pour désigner cet ensemble d’innovations, il n’en reste pas moins que c’est ainsi que ces innovations sont désignées aujourd’hui par le plus grand nombre. La blockchain est devenue une métonymie : lorsqu’il en est question, il faut considérer tout ce que le terme englobe, ce qui va bien au-delà du registre aux propriétés que l’on connaît. Pour cette raison, à défaut de meilleur terme, il sera question de « la blockchain » dans le reste de cet article.

Du blockchain-washing au blockchain-bashing

Comme toute innovation devenue buzzword, la blockchain a déclenché des réactions disproportionnées, dans les deux sens.

La blockchain règlera-t-elle la faim dans le monde ? Nous sauvera-t-elle du dérèglement climatique ? Supprimera-t-elle le management ? etc. Toutes ces questions ont bel et bien été posées. Il va sans dire qu’elles ont fait du mal aux acteurs sérieux du secteur – de même que les diverses absurdités, bien réelles, que l’on a vu passer depuis douze mois. Pensons par exemple au changement de nom de l’entreprise de thé glacé « Long Island Iced Tea Corp » qui s’était rebaptisé « Long Blockchain Corp. » et qui avait vu son cours de bourse grimper de 300%. Ou plus globalement, aux multiples projets farfelus d’ICO…

Cette phase-là semble (enfin) quasiment terminée. Elle a été si forte que la blockchain est devenue une blague !


Plus sérieusement, cette phase de « blockchain-washing » fait désormais place à un discours sceptique – certes pas nouveau mais particulièrement porteur ces derniers temps. En France deux articles ont notamment été assez relayés cet automne. « Blockchain : je n’y comprends rien ! » écrivait fin octobre dans L’Express Laurent Alexandre qui listait une succession de problèmes que la technologie poserait et qui affirmait en conclusion que « ceux qui en parlent ne réalisent pas l’immensité de ses problèmes techniques, juridiques et sociaux ».

De façon plus approfondie, Sébastien Meunier se proposait en octobre de « Déconstruire les mythes de la blockchain » dans La Tribune. De fait, les points qu’il soulève sont quasiment tous justes : effectivement, la blockchain ne supprime ni l’ensemble des intermédiaires, ni le besoin de confiance (pour l’utilisateur non-averti), ni ne garantit qu’une donnée entrée dans le registre soit « correcte » ; les smart contracts portent effectivement mal leur nom puisqu’ils ne sont pas particulièrement « smart » et ne sont pas des « contrats » juridiques ; enfin comme écrit plus haut, la blockchain d’entreprise est une innovation incrémentale, et non de rupture.

Tous ces points sont justes, et pour notre part chez Blockchain Partner nous ne cessons de les porter depuis plusieurs années. Mais au vu des réactions suscitées, cet article -comme d’autres- instille l’idée que toutes ces technologies seraient largement surfaites : au fond, elles ne contiendraient rien de bien majeur…D’où le besoin d’une mise au point.

Toujours le même problème : « la blockchain » reste incomprise

Indéniablement « la blockchain » a beaucoup agacé (et on le comprend tant elle a été présentée comme une baguette magique). Cette tendance n’est pas spécifique à la blockchain : elle se retrouve aussi dans l’IA.


L’IA aussi a eu sa phase « baguette magique », dont elle n’est d’ailleurs pas encore sortie.


Et comme la blockchain, l’IA a connu une vague de hype si forte que l’arrivée prochaine d’articles du type « en a-t-on trop fait avec l’IA ? » paraît inéluctable.


Néanmoins il est vrai que la blockchain peut paraître encore plus abstraite que l’IA, souvent représentée dans les médias par des images de robots : en caricaturant (légèrement), l’IA a un visage, celui d’un cyborg, là où la blockchain n’en a pas (sauf lorsqu’elle est évoquée comme terreau du « dark web », représenté par le fameux hacker à capuche tapant à toute vitesse des lignes de code dans une pièce sombre). Cette difficulté à se représenter la blockchain (entendu récemment : « pouvez-vous m’imprimer la blockchain ? »), et en définitive à la comprendre, contribue à la vision d’une innovation fourre-tout pouvant donner une impression de grande fumisterie.

L’économiste Nouriel Roubini, très remonté sur le sujet, clame ainsi : « En pratique, la blockchain ne constitue rien de plus qu’une feuille de calcul que l’on aurait glorifiée ».

Roubini, we need to talk

Une réponse à Nouriel Roubini pourrait s’articuler en trois points, résumés ici avant d’être développés ensuite :
1/ Rappeler les caractéristiques d’une blockchain et ses intérêts pour une organisation existante.
2/ Etre clair sur le fait que les blockchains privées répondent à des besoins très spécifiques, et souligner qu’elles doivent être évaluées dans la durée.
3/ Prendre un peu hauteur en montrant que l’essentiel ne se joue pas là : la blockchain s’inscrit dans une transformation plus vaste de l’économie numérique.

Détaillons le propos.

1- Rappeler les caractéristiques d’une blockchain – registre transparent, décentralisé et incorruptible, bien loin d’une simple feuille de calcul… – et ses intérêts pour une organisation existante. En bref :

Lorsqu’un acteur utilise une blockchain publique (Bitcoin ou Ethereum le plus souvent) :

Prouver, à faible coûts et de façon sécurisée :
• l’existence à un temps T d’une donnée ou d’un document numérique (fonction d’horodatage).
Exemple d’usage : en propriété intellectuelle (modèles, dessins, innovations, etc.).
• l’intégrité de données ou documents numériques, pour prouver qu’ils n’ont pas été altérés.
Exemple d’usage : lutte contre les faux documents (diplômes, KBIS, RIB…).

-Gérer de la valeur sur Internet sans intermédiaire :
• Détenir et transférer des actifs numériques sans dépendre d’un intermédiaire
• Programmer des transferts monétaires sans intermédiaire
• Créer des monnaies facilement programmables

Lorsque plusieurs acteurs mettent en place une blockchain privée entre eux :

• S’organiser collectivement entre acteurs qui ne se font pas confiance a priori et/ou qui rencontrent des difficultés à collaborer : entreprises concurrentes, entreprises d’une même chaîne de valeur, entreprises partenaires (lointains), ou même entités d’un même groupe. Grâce à la décentralisation, le problème politique de la propriété du registre est réglé, puisque ce registre devient techniquement réparti entre tous ses acteurs. Une blockchain est une réponse technique à une question politique.

• Responsabiliser chaque acteur sur ce qu’il inscrit dans le registre (transparent et non-corruptible par un seul acteur), afin de maximiser les chances d’avoir une base de données « propre » et de pouvoir détecter plus rapidement, en cas de problème, quel acteur a commis une erreur ou une fraude.

2- Etre clair sur le fait que les blockchains privées répondent à des besoins très spécifiques, et souligner qu’elles doivent être évaluées dans la durée.

Les blockchains privées ne correspondent qu’à peu de situations. Une base de données centralisée ou distribuée suffit dans la plupart des cas. Dans certains cas spécifiques (ceux qui répondent aux besoins cités ci-dessus), l’option « blockchain » est la plus adaptée – ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle soit la seule méthode possible.

En outre, un élément parfois oublié dans les discussions sur ces questions mérite d’être mis en avant ici : les projets blockchain des entreprises doivent être évalués sur le temps long. La décentralisation n’est pas binaire (décentralisé versus centralisé). Il s’agit plutôt d’un curseur, sur lequel un projet se positionne et évolue. De la même façon, les mentalités dans l’entreprise évoluent dans le temps. C’est dans ce cadre qu’il faut positionner les blockchains privées. Concrètement :

a/ Créer une blockchain privée permet de construire une première infrastructure entre acteurs, par-dessus laquelle de nouvelles applications blockchain peuvent être ajoutées par la suite de façon plus simple. Dès lors, la mise en place de cette infrastructure peut être relativement peu efficiente dans un premier temps, mais s’avérer être une stratégie très efficace à moyen et long terme. Il s’agit alors d’une stratégie « du pied dans la porte », pour identifier et rassembler les partenaires autour d’un cas d’usage simple avant d’en développer de plus complexes.

b/ Une entreprise peut lancer, pour commencer, une application blockchain qui repose sur peu de nœuds, gérés eux-mêmes par peu d’acteurs, avec la volonté d’augmenter progressivement le nombre de nœuds et d’acteurs qui les gèrent. Cette stratégie rejoint l’un des principes clefs des projets d’innovation, aujourd’hui bien établi : commencer de façon imparfaite et itérer petit à petit.

Il faut donc distinguer l’acteur qui construirait une blockchain privée uniquement pour lui, sans volonté d’avancer au-delà (ce qui relèverait d’une erreur de jugement ou d’une volonté de coup de com’ pour « faire innovant »), et l’acteur ayant bien l’intention d’avancer étape par étape, qui considère qu’il faut suivre une stratégie, un chemin vers la décentralisation – un chemin qui ne peut se parcourir en un claquement de doigts.

La construction d’une blockchain privée permet aussi de s’acculturer aux logiques de décentralisation et d’expérimenter en milieu plus contrôlé avant de basculer sur une infrastructure publique.

Un dernier point : il est bien évident qu’une blockchain privée n’attendra jamais la robustesse actuelle du consensus de Bitcoin. En la matière la blockchain Bitcoin est un idéal vers lequel il est souhaitable de tendre. Mais en fonction des cas, une telle robustesse n’est pas toujours nécessaire. C’est une question d’arbitrage.

3- Prendre un peu hauteur en montrant que l’essentiel ne se joue pas là : la blockchain s’inscrit dans une transformation plus vaste de l’économie numérique.

« Please stop transforming blockchain fever into IT boredom » : le cri du cœur de Laurent Bénichou écrit il y a deux ans reste encore d’actualité. Le cœur de la « révolution blockchain » ne se situe pas dans la base de données éponyme, quelles que soient ses intéressantes propriétés. Où se situe-t-il, dès lors ?

Dans l’émergence d’une nouvelle économie numérique, rendue possible grâce aux cryptoactifs.

Cette nouvelle économie numérique :
1. ouvre la voie à de nouveaux modèles d’affaires, de nouvelles stratégies, de nouveaux acteurs et donc de nouveaux champions, loin des GAFA et du web actuel qu’ils dominent. De quelle manière et avec enjeux ? Nous avons pris le temps de l’expliquer en début d’année de façon approfondie avec la publication d’une étude dédiée, et de façon synthétique avec une conférence TEDx de 15mn et une tribune.

2. repose sur les crypto/tokens : c’est pour cela qu’elle est désignée par les termes de « crypto-économie » ou « token économie ».

3. reste encore méconnue en France, à en juger par la teneur des débats sur « la blockchain », « les smart contracts » ou encore « les ICO », dont il a beaucoup été question cette année.
Si on considère le cas spécifique des ICO, elles ne sont rien de plus qu’un élément faisant partie du tout constitué par cette crypto-économie. Vouloir faire de la France la championne des ICO n’a pas de sens si cet objectif n’est pas intégré dans une stratégie plus globale autour des crypto/tokens. C’est le leadership dans la crypto-économie qu’il faudrait viser (…leadership qui peut revêtir de multiples formes et qui mériterait de faire l’objet de débats pour être déterminé plus finement).

4. est de plus en plus reconnue ailleurs comme étant le cœur du sujet, y compris – fait notable – par des acteurs traditionnels. Il est très révélateur qu’un cabinet comme EY, l’un des leaders mondiaux de l’audit et du conseil, écrive depuis cette année, de façon inédite : « pour profiter des promesses de la blockchain, nous croyons que les entreprises doivent s’emparer pleinement du potentiel de la tokenisation et in fine de celui des blockchains publiques », là où un consensus régnait jusqu’à présent parmi les grands acteurs traditionnels pour préférer les versions privées de ces technologies et pour éviter les aspects crypto/token.

EY ajoute du reste : « L’attrait des blockchains publiques est écrasant. C’est le seul espace où les entreprises peuvent être sûres d’être traitées de façon juste sur un terrain de jeu transparent, auditable et ouvert ».

Cette prise de conscience s’étend, en témoigne cette déclaration récente du Directeur Recherche & Développement du groupe bancaire espagnol BBVA : « La blockchain n’est pas juste une technologie : elle engendre de nouveaux business model créant une économie tokenisée et ouvrant la voie à une économie décentralisée à l’avenir ».

Ces points de vue sont appelés à se généraliser. En France, ils mettent pourtant du temps à être considérés.

Pourquoi la mécompréhension du sujet blockchain pose problème

Plus la prise de conscience sera tardive, plus le temps perdu sera ensuite difficile à rattraper.

Si l’on attend que la crypto-économie soit plus aboutie, que des applications grands publics commencent à émerger, il sera déjà trop tard. C’est justement parce qu’il reste encore beaucoup à inventer et à construire (pas seulement d’un point de vue technologique mais aussi en termes d’expérience utilisateur, de compétences crypto-économiques, de gestion des organisations…) que les espoirs sont encore permis. A défaut, nous nous retrouverons demain dans la même impuissance qu’aujourd’hui vis-à-vis des géants de la tech.

Pourtant, hormis une poignée de députés très actifs ces derniers mois, les décideurs publics – guidés dans leurs décisions par nombre d’experts en innovation et numérique – n’ont pas intégré le sujet blockchain/crypto dans leurs raisonnements, stratégies et plans d’actions liés à l’innovation et au numérique.

Prenons le Fonds pour l’innovation, annoncé comme la grande initiative du quinquennat pour soutenir financièrement l’innovation de rupture et « préparer les sauts technologiques du futur » selon les mots de Bruno Le Maire (avec 10 milliards d’euros de dotation annoncés…devenus en réalité 200 à 250 millions par an). « Nous sommes déterminés à être le pays phare pour l’innovation de rupture en Europe » déclarait le Ministre lors de son lancement.

Les arbitrages (décidés notamment par six personnalités choisies pour leur expertise en matière d’innovation et leur complémentarité) ont été rendus : 100 millions annuels iront à l’IA ; 70 millions annuels à la deeptech ; et 25 millions annuels à la nanoélectronique.

Soyons clairs : sans véritable soutien public la France ne pourra pas devenir un écosystème majeur de la crypto-économie. 10, 50, 100 millions investis maintenant auraient un tout autre poids qu’investis dans cinq ans. La même dépense, à timing différent, n’a absolument pas la même force.

Dans son ouvrage « The Entrepreneurial State », l’économiste italienne Mariana Mazzucato montre que la puissance publique joue un rôle décisif dans l’émergence des écosystèmes d’innovation, non pas uniquement en créant les conditions favorables à cette émergence, mais bien en s’impliquant pro-activement comme un entrepreneur, en prenant les risques que le secteur privé n’est pas prêt à assumer.

Elle s’appuie dans sa démonstration sur plusieurs cas historiques. Par exemple, le succès d’Apple aurait été impossible sans le rôle pro-actif et audacieux des pouvoirs publics américains en amont : a/ l’armée américaine est à l’origine du développement d’Internet, du système GPS et des assistants virtuels vocaux ; b/ l’écran tactile a été développé par des universités et labos financés par de l’argent public ; c/ Apple a bénéficié d’un prêt de 500 000 dollars par un obscur organisme gouvernemental avant d’effectuer son entrée en bourse.

Pour Mazzucato, l’Etat entrepreneurial fait ainsi bien plus que pallier les limites du secteur privé : il crée et forme les marchés de demain en effectuant de grands paris sur de nouvelles technologies.

Aujourd’hui, l’engagement de l’Etat dans l’IA ne peut plus être considéré comme un pari, étant donné d’une part le consensus mondial sur le potentiel de ces innovations et l’avance pris par d’autres puissances, d’autre part les montants relativement faibles que la France y accorde.

Or nous avons besoin d’un terrain sur lequel prendre de l’avance, un pari sur lequel miser avant que les autres puissances ne se lancent à toute vitesse dans la course, comme aujourd’hui avec l’IA.

La crypto-économie coche toutes les cases pour être ce terrain-là – et ce d’autant plus que le pari « crypto » reposerait sur de premières bases solides. La startup française Ledger, l’un des leaders mondiaux des solutions de sécurité liées aux blockchains et cryptomonnaies, a levé 60 millions d’euros début 2018, emploie aujourd’hui 170 personnes et prévoit de créer « une centaine d’emplois supplémentaires d’ici trois ans ». Qui-plus-est, ces emplois présentent l’atout non-négligeable de dynamiser nos territoires puisque Ledger ouvrira ces prochains mois un nouveau site de production de 4000m² à Vierzon (Cher), où elle emploie déjà 50 salariés.

Aux Etats-Unis, les plus grands investisseurs tech (Marc Andresseen, Fred Wilson, Chris Dixon, Benedict Evans…), dont la capacité à repérer avant les autres les grands mouvements du secteur n’est plus à démontrer, citent désormais tous la crypto-économie au moment de présenter leur vision de l’économie numérique de demain. Ils ne l’évoquent pas comme un élément parmi d’autres au sein d’une longue liste. Mais bien comme un sujet prioritaire au côté de l’IA.

Aujourd’hui, le crypto-winter engendré par la chute des cours est une opportunité. Nous avons déjà largement dit et répété « ne refaisons pas avec la blockchain la même erreur qu’avec Internet », à savoir refuser d’y croire lorsque les autres avançaient. Cette fois-ci, tournons cette phrase différemment : ne refaisons pas la même erreur qu’après la bulle Internet. « Au début des années 2000 tout le monde nous disait « Internet ça ne marche pas, pourquoi tu continues là-dedans… ». C’était l’ère glaciaire » rappelle Jean-David Chamboredon, aujourd’hui à la tête du fonds de capital-risque ISAI. Et pourtant, « ce qui se prédisait en 97, 98, 99 dans la Valley, c’est bien arrivé, même si c’est arrivé avec plus de temps que les gens là-bas ne le pensaient à l’époque »…


-VOLET N°2 : Blockchain pour entreprises : quel état des lieux ?
-VOLET N°3 : Crypto : où en est-on aujourd’hui ?